Moins de 900 milles pour se départager

Alors qu’un dénouement incroyable se joue en ce moment pour la victoire et le podium en IMOCA, après l’échouement d’Alex Thomson dans la nuit puis son arrivée il y a quelques instants à Pointe à Pitre, la bagarre fait également rage plus en arrière. Stéphane Le Diraison, Damien Seguin et Alan Roura poursuivent leur chevauchée dans les alizés avec tous le même objectif : décrocher la 6e place de la Route du Rhum à Pointe-à-Pitre, qu’ils pourraient atteindre lundi. Ils sont inséparables, et pourraient bien le rester jusqu’aux derniers milles. Ce matin, Stéphane Le Diraison était 8e avec son décalage plus au Sud. Mais comme le précise le skipper de Time For Oceans dans son nouvel extrait de son carnet de bord, la navigation dans les alizés n’est pas un long fleuve tranquille et les jeux sont ouverts…

« Je me suis décalé au Sud pour avoir plus de pression »

Au pointage de 7h30 ce matin, Stéphane occupait la 8e place et accusait un retard de 46 milles sur Damien Seguin, 6e, et de 18 milles sur Alan Roura, 7e. Autant dire pas grand chose alors qu’il reste environ 900 milles à parcourir. « Je me suis décalé au Sud pour avoir plus de pression. L’alizé n’est pas un vent très stable en angle. Hier, c’était assez favorable pour eux. Donc mon option n’a pas été si payante que ça », racontait hier Stéphane en vacation.

 

« Garder de l’énergie pour l’approche de la Guadeloupe »

Mais le skipper de Time For Oceans restait optimiste : « On va recroiser très proches avec Alan et je trouve Damien particulièrement coriace. Il reste encore du chemin d’ici l’arrivée. Même si Alan dispose de foils je ne pense pas que l’avantage soit si fort dans l’alizé. Le rythme est continu et consiste à être tout le temps aux réglages et à la manœuvre. Je fais de petites siestes de 20 minutes, j’essaie de bien m’alimenter. Il faut garder de l’énergie pour l’approche de la Guadeloupe. » La fin de parcours à proximité de l’île réserve en effet bien des écueils et la fatigue peut jouer des tours, comme l’a prouvé de manière spectaculaire l’échouement du leader Alex Thomson la nuit dernière.

 

Journal de bord Time For Oceans (15/11/2018)

 

« Après déjà 11 jours de course, me voilà surfant les vagues de l’Atlantique poussé par les fameux Alizés.

 

Les Alizés… une évocation de voyage, de soleil, d’aventure. Mais la réalité est-elle conforme à cette description engageante ? Nos amis anglais, toujours empreints d’un certain pragmatisme ont baptisé ces vents tropicaux « trade winds » ou « vents du commerce » si vous préférez. Référence bien sûr aux navires de commerce à la voile qui ralliaient les îles Caraïbes.

 

Dans la vraie vie ces vents ont plusieurs visages. Ils sont plus ou moins marqués suivant les saisons et la situation météorologique, ils sont instables en force et en direction, ils génèrent une mer accidentée et surtout ils sont accompagnés de grains qui peuvent être très violents. Ah mince, notre beau tableau est écorné !

 

Cette année, nous avons le droit au menu pour les gourmets. Tout d’abord un Alizé qui se fait désirer et qu’il faut aller chercher très au sud, ensuite un vent qui rentre fort avec une mer exécrable. Des nuages épanouis qui génèrent des rafales puissantes puis des zones de calme.

 

En course ça donne quoi ? Eh bien c’est un combat de tous les instants ! Réglages, manœuvres, changements de voiles, adrénaline dans les surfs sauvages, casse-tête stratégique et marathon physique. Un voilier de course de 60 pieds ne se laisse pas dompter facilement, si on veut en tirer les meilleures performances il faut être dynamique et concentré.

 

Coup de mou, marre de jouer avec les nuages, envie de repos ? Eh bien vous aurez le droit à la version spéciale du chef ! Concrètement, ça se passe comme ça : la couchette est tellement douce, j’y resterais bien 10 minutes de plus… allez hop je décale le réveil. Ah oui mais dehors un nuage joue les gros bras, et bientôt les rafales soufflent à 30 nœuds, le bateau se rue dans un surf et c’est la sortie de piste. Tout est en vrac, le bateau est vautré sur l’eau, vite sortir de la cabine, mince alors il pleut en plus, ambiance lance à incendie. Vite, prendre un ris, rouler le gennaker. Situation rétablie, rien de cassé cette fois mais gare au prochain grain. C’est fini ? Non ! Car à l’arrière du nuage, surprise : il n’y a plus de vent, il faut renvoyer la toile et manœuvrer pour s’extirper de là.

 

Bilan : 5 milles perdus – grrr c’est tellement long de grappiller mètre par mètre sur un concurrent alors perdre autant en quelques minutes c’est dur à digérer. Et puis tout ceci était épuisant, au total 30 minutes de manœuvres intenses, sans compter le stress.

 

Bon promis pour le prochain grain je serai sur le pont et j’anticiperai. Aie voilà déjà un beau spécimen à l’horizon.

 

Mais au fait, on dort quand ? »

 

Stéphane / Time For Oceans