Carnet de bord et abandon officiel

Découvrez dans cette news du jour les premiers mots de Stéphane qui revient dans un carnet de bord sur son avarie ainsi que l’annonce officielle de son abandon.

« Le gréement d’un voilier de compétition est un ensemble complexe, fruit du génie des hommes. 
Le cahier des charges ressemble à un casse-tête chinois : maintenir les voiles à une hauteur de 30 mètres tout en étant léger alors que les centaines de mètres carré de tissu génèrent des efforts qui se comptent en tonnes.

Tel le roseau, l’espar doit fléchir mais ne jamais rompre. 

Plus fascinant encore que le mât, les haubans ont la mission de le tenir en position. Sur un IMOCA, les haubans sont en textile, un vulgaire câble de 12mm de diamètre est capable de résister à une traction de 10 tonnes.

Et puis il y a les systèmes de réglages car le vent évolue en force et en incidence.

Tous ces éléments ont parfaitement résisté et rempli fièrement leur mission mais une poulie de renvoi du réglage de bastaque (câble longitudinal arrière) a décidé que s’en était trop. Sans prévenir elle a littéralement explosé, entraînant dans sa chute l’ensemble du gréement.

Le fameux maillon faible… Tout était pourtant neuf sur le gréement, tout avait été soigneusement contrôlé, vérifié, éprouvé. Cette poulie on lui accordait toute notre confiance, au point qu’elle n’avait pas de doublure : comme quoi le travail en binôme et le contrôle indépendant devraient être la règle !

En participant au Vendée Globe, je cherchais d’abord à me mettre au défi afin de dépasser mes limites. Cet objectif est largement atteint et va au-delà de mes espérances. Avoir pris le départ de la course est une première victoire, parcourir 12000 milles en 41 jours et traverser l’Océan Indien en 11 jours récompensent un travail et un engagement acharné.

Cette expérience me permet d’être seul face à moi-même et d’apprendre énormément. 
J’ai vécu des heures terribles mais l’humain est plein de ressources qu’on ne soupçonne même pas. Libérer un mat de 30 mètres pesant 450 kg, 4 voiles d’un poids total de 300 kg, le tout entraînant mon bateau face aux déferlantes, plongeant le pont sous l’eau glacée, de nuit, avec un vent de Force 8, des morceaux de carbone qui balaient le pont, sans filières et en solitaire est un véritable challenge.

Émotionnellement découper au couteau ma grand voile financée dans la douleur c’était irréel. J’ai débranché mon cerveau… Le vent se chargeait de sécher mes larmes.

Les problèmes techniques font partie de cette épreuve. J’ai choisi de prendre le départ et j’ai accepté les conditions sous-jacentes : assumer et me débrouiller seul… quoi qu’il arrive. Je ramènerai donc le bateau en Australie et je reviendrai galvanisé pour avoir surmonté toutes les embûches.

Et puis l’aventure continue car l’Australie est encore distante de 400 milles. Une bagatelle comparée à la distance parcourue depuis les Sables d’Olonne. Un océan quand on navigue sur un voilier auquel on a coupé les ailes.

Heureusement j’ai la chance infinie d’avoir des partenaires qui ont le sens des valeurs parmi lesquelles la solidarité figure au premier rang. Le Vendée Globe est un projet d’équipe et je suis fier de porter les couleurs de la ville de Boulogne-Billancourt, La Compagnie du Lit, Bureau Veritas, Ixblue, Sade, Lafarge & Associés, BNP Paribas Real Estate.


La sagesse de Jean de La Fontaine est aujourd’hui une bonne source d’inspiration : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ».

Stéphane Le Diraison
La Compagnie du Lit –- Ville de Boulogne Billancourt

 

Stéphane traverse actuellement une dorsale. Sa voile de fortune ne suffit plus pour faire avancer sa monture et rallier les côtes sans système de propulsion extérieur. Il a notifié son abandon officiel ce vendredi à la Direction de Course afin de pouvoir enclencher son moteur pour le pousser hors de cette zone où il est englué. Il avait allumé son moteur le jour du démâtage pour activer le système de charge :

« J’ai un joker de 24 heures de moteur mais qui ne sera jamais suffisant pour rallier les côtes. Je suis arrêté dans cette dorsale qui me barre la route , je tente de m’en dégager et il va falloir que je me serve intelligemment de ma réserve pour essayer d’avoir les vents les plus favorables pour moi au fil de la route qui est encore longue. 

Mon espoir quand je me rapprocherai un peu des côtes c’est de pouvoir croiser des pêcheurs ou des cargos et essayer de leur demander du gasoil. »

 

Photo sent from the boat Compagnie du Lit - Boulogne Billancourt on December 22nd, 2016 - Photo Stephane Le Diraison Photo envoyée depuis le bateau Compagnie du Lit - Boulogne Billancourt le 22 Décembre 2016 - Photo Stephane Le Diraison Gréement de fortune avec GV